Si jamais on vous disait “scrostati gaggio!” (pousse-toi, idiot), quelle serait votre réaction?
Pour éviter des sourires de circonstance ou des visages ahuris, on vous conseille de jeter un coup d’œil au “Dictionnaire historique du langage jeune” publié par UTET, qui porte le titre justement “Scrostati, gaggio!”, ou “Spostati, idiota!”.
Un des auteurs du dictionnaire, Renzo Ambrogio, nous a fourni quelques renseignements et quelques curiosités.
Quand et comment naît le langage qu'on définit jeune?
L’existence d’un langage jeune en Italie est un phénomène plutôt récent.
Il existait dans l’après-guerre un argot estudiantin, mais il était limité à un nombre restreint de personnes étant donné que l’école était encore réservée à une élite. A partir de 1968 seulement commence à se diffuser la langue jeune comme phénomène universel, liée à la contestation et donc riche de termes politiques, syndicaux, liée à des valeurs élevées. Toutefois la vraie explosion d’un langage jeune se situe plus tard encore, à la fin des années 70 et même d’une manière générale vers les années 80, l’époque des paninari, des punk, de la naissance du rap et des centres sociaux.
Quels sont les sujets et les caractéristiques du langage jeune d'aujourd'hui?
Les sujets principaux sont l’école , le sexe, les drogues légères et même la politique en partie , surtout en ce qui concerne les groupes pacifiques et no global. On assiste en outre à la fragmentation des tendances, il n’y a donc plus les identités bien définies du passé telles que les paninari ou les punk.
Comment se forme un "mot jeune"?
Le langage jeune naît souvent dans les couches populaires: ce sont surtout les banlieues, selon une dynamique plutôt insolite, qui influencent les centres, peut-être parce qu’il y a dans les banlieues un fort besoin de se donner une identité.
Ce langage est fait d’italien familier, enrichi d’emprunt de lexiques spéciaux et sectoriels; les termes du lexique jeune historique durable, comme beccare, benza, bestiale, cacciare, cagare, cagata, casino, cazzo, culo, cuccare, fottere, fregare, gaggio, giusto; les termes éphémères, très innovants, et de nombreux emprunts dialectaux. Dans ce dernier domaine on assiste à un phénomène très particulier, c’est-à-dire la présence de formes dialectales d’autres secteurs surtout celles des parlers du sud, dans les langages jeunes de Turin, Milan et Gênes , tout en respectant au niveau linguistique les complexes dynamiques sociales liées à l’émigration historique du Sud au Nord de l’Italie. On voit donc des mots comme abbummamento, babbo, babbione, bambascione, ciddonare, cunno, minchia, frate, fungia, lambascione, pacchio, pucchiacchia, spacchiuso.
Ce langage est-il seulement oral, éphémère?
Bien qu’il soit largement diffusé à l’oral , il a aussi une solide base écrite. En effet pour réaliser le dictionnaire nous nous sommes basés sur de nombreux textes de chansons et de livres. Il ne faut pas non plus oublier , en outre, que suite à la diffusion d’Internet, le langage jeune est entré pleinement dans l’écriture; il suffit de penser aux chats, aux e-mails, pour finir par le développements des SMS et des emoticons.
Dans quels livres, chansons, sites peut-on donc trouver une large utilisation du langage jeune?
Des auteurs tels que Pier Vittorio Tondelli, Silvia Ballestra, Niccolò Ammaniti, Isabella Santacroce, Enrico Brizzi, Giuseppe Culicchia, Aldo Nove, Paola Mastrocola, ont été des sources importantes pour notre travail ; des chanteurs aussi: Elio e le Storie Tese, les Colle der Fomento, les Articolo 31, les Sottotono, les Skiantos.