Comme on le sait, Turin et le Piémont sont la terre d'origine de grands Saint Sociaux. Pour se faire une idée de ce qu'a été la sainteté à Turin, à partir du XIXème siècle jusqu'à nos jours, deux images peuvent s'avérer utiles: celle d'une grande fresque et celle de l'enceinte des Alpes qui encercle la ville. Dans une fresque, les éléments n'ont pas tous la même importance, mais chacun d'entre eux contribue à la beauté de l'ensemle. Il en est de même pour les Alpes dont les sommets de moyenne hauteur contribuent à faire ressortir l'imposante beauté des grands sommêts . A Turin, nous trouvons, parmi les autres, San Giovanni Bosco, San Giuseppe Benedetto Cottolengo, San Giuseppe Cafasso, Giulia Colbert di Barolo, Beato Faà di Bruno, San Leonardo, beato Pier Giorgio Frassati, Beato Giuseppe Allamano.
Né à Castelnuovo d'Asti, il manifesta, dès son enfance une foi authentique
associée à un sentiment profond de charité chrétienne, à un rare sens pratique
et à une volonté inébranlable, au service d'une intelligence lucide. Giovanni
Bosco fit état d'une grande intuition, surtout pour ce qui concerne les
problèmes des jeunes de Turin, que posaient la révolution industrielle et
toutes ses implications sociales.
En 1864, San Giovanni Bosco en s'inspirant aux principes évangélisateurs
de Saint François de Sales, fonda à Turin, la Congregazione Salesiana, si
bien que ses disciples furent appelés Salésiens. A la Congrégation masculine,
s'ajouta, ensuite, l'Institut des Filles de Maria Ausiliatrice. Grâce à
son activité qui ne connaissait pas d'arrêts, au bout de quelques décennies,
il avait créé en Italie et hors de l'Italie un réseau très serré d'hospices,
de collèges, d'asiles, de pensionnats, d'écoles, de laboratoires, de foyers
qui ont acquis désormais une grande importance à l'échelon mondial.
Le succès de cet apôtre de la jeunesse dérive essentiellement du fait que,
dans ses intentions, les patronages ou centres de loisir devaient préparer
les jeunes à devenir de bons chrétiens et de bons citoyens. Donc, ils devaient
être une famille, où non seulement on s'amusait, mais où on apprenait aussi
un métier et ce qui s'avérait utile pour affronter sérieusement la vie.
Né à Bra, San Giovanni Benedetto Cottolengo fut, pendant neuf ans,
chanoine de l'Eglise du Corpus Domini, à Turin. Au cours de cette période,
un épisode dramatique lui fit découvrir sa véritable vocation. Une pauvre
femme malade et enceinte qui devait rejoindre Lyon était arrivée à Turin:
l'hôpital des tuberculeux et la maternité se refusaient de l'accueillir,
l'un parce qu'elle était enceinte, l'autre parce qu'elle était malade.
Devant la Statue de Notre Dame des Grâces, située sur le coté droit de l'Eglise
du Corpus Domini (et déjà fameuse pour l'épisode du Miracle eucharistique
de Turin, de 1453), le Saint eut une inspiration: créer un asile, ouvert
à toutes les personnes souffrantes, sans distinction de race ou de religion.
Ainsi, il commença son apostolat et le 17 janvier 1828, presque devant son
église, dans quelques chambres d'une maison qu'à cause de la couleur du
plafond de l'entrée on appelait la Casa della volta rossa (maison à la voûte
rouge), il plaça quatre lits et inaugura sa première infirmerie.
Le nombre de patients augmenta rapidement et, en 1832, Giovanni Cottolengo
dû tranférer son infirmerie dans le quartier Valdocco. C'est ainsi qu'a
vu le jour, le premier noyau de la Piccola Casa della Divina Provvidenza.
Les moyens pour réaliser cette oeuvre gigantesque étaient presque entièrement
constitués d'une confiance infinie dans la Divine Providence, de la prière
constante et d'un esprit de sacrifice illimité: jamais le Saint (tout comme
le feront ensuite ses succeseurs) ne refusa de prêter secours à un être
humain en détresse, en dépit des nombreuses incompréhensions et de l'hostilité
dont il était l'objet.
De nos jours, la Piccola Casa, que les turinois appellent familièrement
et tout court, Il Cottolengo, est un ensemble important de bâtiments où
tout est travail, prière, charité. Il abrite plusieurs milliers de malades,
assistés par des religieuses et par des bénévoles, hommes et femmes. Sa
structure est subdivisée en plusieurs familles dont chacune a une fonction
bien précise: certaines d'entre elles assurent les travaux nécessaires,
d'autres prennent en charge l'assistance aux malades. Dans cette citadelle
de la charité fonctionnent des systèmes cuisine-cantine et d'assistance
parmi les plus modernes.
De nombreux médecins turinois offrent gratuitement leurs services et appliquent
des traitements très avancés.
L'activité d'infirmier est essentiellement assurée par les Familles de la
Charité qui se consacrent à l'assistance des malades pour l'amour de Dieu
et du prochain, avec une abnégation digne d'éloge.
La Piccola Casa a enregistré un développement prodigieux: à l'heure actuelle,
elle compte, en Italie et à l'étranger, plus de 100 établissements.
Né à Castelnuovo, il a été l'apôtre des prisons et le consolateur des condamnés à mort, ce qui lui a valu l'appellation de prêtre de la potence. A la mémoire de San Cafasso, qui est le patron des chapelains des prisons, un monument a été élevé au croisement de corso Regina Margherita, corso Principe Eugenio et corso Valdocco, au Rondò della Forca (Rond-point de la Potence).
D'origine française, descendante du ministre Colbert, elle épousa celui
qui était, probablement, l'homme le plus riche du Piémont: Tancredi Falletti
di Barolo. Depuis 1814, année où elle s'installa à Turin et pendant cinquante
ans, Giulia di Barolo consacra son patrimoine immense, son temps et ses
forces à des oeuvres de charité d'avant-garde, dans le domaine social et
des reformes des prisons.
Femme exceptionnelle, elle fonda et subventionna plusieurs établissements
d'assistance (avec son mari, un homme tout aussi exceptionnel par sa culture,
sa foi et sa sensibilité sociale) parmi lesquels la première école maternelle
de Turin.
Pour l'abnégation dont elle donna preuve pendant l'épidémie de choléra de
1835, à Turin, le Gouvernement lui décerna le titre de mérite, la médaille
d'or.
Officier de l'armée du Royame Sardo-Piémontais, homme de grande culture et bienfaiteur social, il fonda en 1858, dans le quartier San Donato, l'Opera di Santa Zita, pour l'assistance et la promotion des domestiques.
D'origine aristocratique, il collabora avec Don Bosco en s'occupant, surtout
au cours des dernières décennies du XIXème siècle, de la jeunesse.
En 1866, il accepta la direction de l'Istituto Artigianelli et, en 1873,
il fonda la Congregazione di San Giuseppe en devançant, dans son enseignement,
la doctrine sociale de l'Eglise.
Religieux de grande charité, à la vie austère, il fut le directeur spirituel du Séminaire de Turin et, pendant quarante ans, le Recteur du Sanctuaire de la Consolata. En 1901, il fonda la Congregazione dei Missionari della Consolata, qui compte, à l'heure actuelle, plus de 2000 religieux engagés dans beaucoup de Pays du Tiers Monde.
Appartenant à une famille de la haute bourgeoisie turinoise, il opéra pour
des raisons évangéliques et non idéologiques le choix des pauvres.
Animé d'une grande foi, il s'engagea dans l'Azione Cattolica et dans plusieurs
associations en vivant sa foi avec joie, en se prodiguant pour aider les
autres, surtout les pauvres qu'il servait en qualité de confratello della
San Vincenzo. Il mourut en jeune age, peu avant d'obtenir le diplôme d'ingénieur,
de poliomyélite foudroyante qu'il avait probablement contracté au cours
de ses visites aux malades.
Turin, qui a la renommée de ville magique est donc aussi la ville des Saints;
de saints sociaux, c'est à dire de constructeurs d'oeuvres de charité. Ils
ont vécu au milieu des malheureux et des malades, en répondant à leurs exigences
en manière concrète, typiquement subalpine, en trouvant dans l'amour de
Dieu la source inépuisable d'un dévouement sans limites à leur prochain.