Comparer la ville de nos jour si peuplée et étendue avec Turin la petite
capitale du Duché de Savoie à partir de 1563 est, sans doute, une tâche
difficile. La puissante enceinte fortifiée, avec 16 remparts, les longues
murailles et les fossés, qui l'encerclaient, dominés par la grande citadelle
pentagonale en forme d'étoile située à l'angle sud-ouest faisaient de Turin,
l'une des places fortes les plus modernes et les plus sûres d'Europe.
Quatre portes s'ouvraient dans les murailles fortifiées:
Normalement, on fermait les portes au coucher du soleil et on les ouvrait
à l'aube. La construction de la Citadelle de Turin voulue
par Emmanuel Philibert de Savoie fut commencée en 1564, d'après un projet
du Capitaine et Architecte Francesco Pacciotto. L'entrée principale était
dominée par un imposant Donjon (Mastio) - la seule partie conservée jusqu'à
nos jours - qui est actuellement le siège du Musée National de l'Artillerie.
La forteresse de Turin permettait d'adopter deux tactiques de défense. L'une
était le feu de l'artillerie et des mousquets, l'autre occulte et imprévisible,
aux indéniables effets pratiques et psychologiques déconcertants était la
guerre de mine. Son point de force était constitué d'un réseau de près de
14 kilomètres de galeries de mine et de contre-mine, confié à des courageux
hommes-taupe.
Ce réseau de galeries de mine et de contre-mine se développait, en général,
sur deux niveaux: l'un situé à 13-14 mètres, l'autre à 5 -6 mètres de profondeur,
reliés entre-eux, par des escaliers et dont les nombreuses ramifications,
en partant de celles principales. (capitale), aboutissaient à des postes
de vedette et de mine.
Les galeries de mine servaient pour arriver dessous les positions de l'assiégeant
(que parfois l'on détruisait, en les faisant sauter), tandis que les galeries
de contre-mine, comme le dit leur nom, étaient utilisées pour contrecarrer
les actions de l'ennemi et pour rester à l'écoute, en tâchant de devancer
ses initiatives souterraines et neutraliser ses projets.
Depuis 1701, la France de Louis XIV (le Roi Soleil) et son alliée, l'Espagne,
combattent en Italie contre l 'Empire d'Autriche (la Grande Alliance, dont
font partie l'Autriche, l'Angleterre, la Hollande et le Portugal).
Au cours de cette période, le Piémont est le théâtre de nombreux épisodes
de guerre.
Pendant l'été de 1704, le Maréchal Vendôme, commandant de l'armée franco-espagnole,
décide d'assiéger et de conquérir Turin, mais pendant six longs mois, la
résistance héroïque de la forteresse de Verrua (à proximité de Crescentino,
près de 40 kilomètres de Turin) cloue sur leurs positions les français,
qui perdront 12.000 hommes, mais les vainqueurs sont au bout de leurs forces.
Le 13 mai 1706, le jeune Duc De La Feuillade (il est agé de 33 ans), en
prenant une décision contraire à ce qu'avait proposé l'année précédente,
le célèbre Maréchal de Vauban, (attaquer Turin du coté du Monte dei Cappuccini
et du Pô) met le siège à la Citadelle.
Le Duc Victor Amédée II confie la défense de la place-forte turinoise au
Général Solaro della Margherita et à son artillerie et quitte la ville en
traversant le Pô, que l'ennemi ne contrôle pas encore entièrement. Il organise,
avec sa cavalerie, une manoeuvre de diversion et engage La Feuillade dans
une inutile poursuite, qui prive l'armée française d'un contingent remarquable
d'hommes.
Les pertes qu'enregistrent les français au cours de leurs tentatives qui
visaient à atteindre les fortifications turinoises sont immédiatement énormes,
car les mines souterraines produisent des effets catastrophiques et terrifiants.
En Août, des 44.000 hommes dont disposait le général La Feuillade, il n'en
reste que 27.000, ce qui confirme la thèse de certains français, d'après
laquelle, l'ennemi ayant bien aménagé ses défenses souterraines, ne doit
qu'attendre et tirer profit des avantages que lui offrent les mines.
Au début du mois d'Août, les Français réussissent à pénétrer dans un certain
nombre de galeries: le rôle qu'a joué la guerre de mine et sa contribution
à la résistance des turinois ont été souvent décisifs et parfois incalculables.
Vers minuit du 20 août 1706, deux mineurs sont de garde dans la galerie
haute, sur l'escalier qui relie les deux niveaux, à quelques mètres de distance
du débouché du fossé.
L'un d'entre eux s'appelle Pietro Micca... il entend des
coups sourds de hache et de masse sur la porte en fer...et, soudainement,
il se rend compte que la situation est critique. Son camarade, accroupi,
tâche inutilement d'amorcer la mèche ...Le temps s'écoule, les français
doublent leurs efforts pour enfoncer la porte.... et ce serait la fin! Pietro
Micca comprend qu'il faut intervenir, il crie à son camarade de s'éloigner
et, sans hésiter, amorce la mèche et tâche, en courant de se mettre à l'abri....
au bout de quelques secondes la porte s'écroule, mais en même temps s'effondre,
sous l'effet de l'explosion, la galerie où les français étaient pénétrés.
Un corps qui a été retrouvé à quarante pas de distance de l'escalier de
la galerie basse est tout ce qui reste de ce courageux soldat piémontais,
né à Adorno Sagliano, auquel on avait donné le surnom de Passapertutt.
Huit jours après l'épisode de Pietro Micca (le 7 septembre 1706), à la fin
d' une bataille sanglante dans les environs de Turin, entre les localités
Madonna di Campagna et Lucento, l'armée de secours austro-piémontaise, aux
ordres du Prince Eugène de Savoie met en déroute les franco-espagnols et
rompt le siège, duré quatre mois, en libérant Turin ! A la suite d'un voeu
que Victor Amédée II de Savoie avait formulé, à la veille
de la bataille qui délivra Turin des Français, sur le col de Superga,
aplani et abaissé de plus de 40 mètres, fut construite, d'après un projet
de Filippo Juvarra, la fameuse Basilique (1715-1727). L'oubli tomba sur
les galeries de la Citadelle, que les turinois laissèrent à l'abandon. Elles
furent utilisées, en partie, pendant la seconde guerre mondiale, comme refuge
antiaérien.
La construction des fondations de quelques immeubles, au début du XXème
siècle, provoqua la destruction d'un certain nombre de galeries, mais attira
l'attention et éveilla un nouvel intérêt à leur égard. A la recherche des
témoignages de ce glorieux passé, se consacra, à partir de 1909, le Colonel
Magni, toutefois nous devons l'approfondissement des études, la découverte
(en Octobre 1958) de l'escalier où se déroula l'épisode de Pietro
Micca, la remise en état et la possibilité d'accéder aux galeries
(et la création simultanée du Musée Historique) à l'action infatigable et
passionnée d'un jeune capitaine, aujourd'hui Général Amoretti.